Bernard THEVENET

Il y a 30 ans, le 13 juillet 1975, Bernard THEVENET a écrit dans la montée de PRA-LOUP une des plus belles pages de la légende du Tour de France.
En 1975, le cœur de la France sportive battait au rythme des exploits des Verts de l'A.S. SAINT-ETIENNE, en cette après-midi de juillet, il battit au rythme des exploits de Bernard THEVENET.

Il a mis fin à la domination sans partage sur le cyclisme d'Eddy MERCKX « le Cannibale " qui avait tout gagné auparavant.

Bernard THEVENET gardera son maillot jaune jusqu'à PARIS et Eddy MERCKX ne gagnera jamais un sixième Tour de France…

Le Tour de France est avec la Coupe du Monde de Football et les Jeux Olympiques l'un des trois premiers évènements sportifs planétaires. Eddy MERCKX est au même titre que Pelé, Mohamed Ali ou Jean-Claude Killy une légende du sport mondial.

Cette journée du 13 juillet 1975 et l'exploit de Bernard THEVENET restent présents dans les mémoires.

Le Tour de France 1975 et le duel MERCKX - THEVENET


Lorsque Eddy MERCKX prend le départ du Tour de France 1975, il a déjà remporté l'épreuve à cinq reprises, en 1969, 1970, 1971, 1972 et 1974.

Bernard THEVENET en est à sa quatrième participation. Il a terminé 2e en 1973, derrière OCANA, mais a abandonné en 1974. Cette année, après avoir terminé 5e au championnat du Monde et avoir triomphé dans le Critérium national, il a enthousiasmé ses supporters par son comportement dans le dernier " Dauphiné Libéré ".

Mais, dès le prologue du Tour de France, disputé à Charleroi et remporté par Francesco Moser, Merckx déclenche les hostilités. Il devance notamment Thévenet de 22'', lequel s'est blessé à la jambe lors de la reconnaissance du parcours. Au cours des demi-étapes suivantes (Charleroi-Molenbeeck, et Molenbeeck-Roubaix), soit en 24 heures et 208 kilomètres seulement, Merckx reprend une minute et demie à Thévenet, Poulidor, Gimondi, Battaglin, Van Springel et Van Impe. Ocaña, Agostinho, Ovion, Delisle, Galdos et Lopez-Caril sont relégués à trois minutes.

Le champion belge accentue encore son avance lors des deux étapes courues contre la montre précédant l'arrivée dans les Pyrénées. En effet, sur le circuit plat de Saint-Hilaire-de-Riez, Merckx, distance Thévenet, retardé par une crevaison, de 52 secondes. Trois jours plus tard, sur l'exigeant circuit escarpé menant de Fleurance à Auch, Merckx exprime à nouveau toute sa puissance en remportant l'étape à 45,137 km/h de moyenne. Mais, Thévenet, qui s'est considérablement amélioré dans ce type d'épreuve, ne concède que 9 secondes. Au classement général, Merckx précède Thévenet de 2'20''.

Au départ d'Auch pour Pau, Thévenet est préoccupé par la disparition d'un équipier de grande valeur, Esclassan, qui a dû abandonner sur chute à trois cents mètres de l'arrivée à Fleurance. Au cours de cette étape, Gimondi confirme son retour en Forme. Van Impe prend une option sur le maillot du meilleur grimpeur. Poulidor, souffrant d'une bronchite, est très attardé, mais se refuse à abandonner.

Cependant, tous les observateurs attendent l'étape pyrénéenne courue entre Pau et Saint-Lary-Soulan, via l'Aspin et le Tourmalet. Thévenet et Zoetemelk portent trois attaquent successives à huit kilomètres de Saint-Lary. À l'arrivée, Zoetemelk distance Thévenet de 49 secondes et Merckx de 55 secondes. Merckx, pourtant meilleur qu'il ne l'était en 1974, a perdu près d'une minute en dix kilomètres d'escalade. Il subit maintenant plus qu'il n'impose. Thévenet se renforce dans son ambition initiale. Le Tour de France bascule dans l'incertitude. D'autant plus que vingt-quatre heures plus tard, dans la montée vers Super-Lioran, Thévenet est en proie à une grave défaillance qu'il parvient néanmoins à surmonter sans conséquence au classement général.

L'étape du Puy-de-Dôme vient confirmer les enseignements fournis par les Pyrénées. Van Impe remporte l'étape, dans un style aérien, mais, Merckx cède à nouveau 34 secondes à Thévenet. Ce dernier se rapproche ainsi à 58 secondes du maillot jaune.

Après une journée de repos sur les bords de la Méditerranée, tout le monde est convaincu que le Tour va se jouer le 13 juillet, entre Nice et Pra-Loup. L'affrontement se produit comme prévu, dépassant toutes les espérances.

Thévenet démarre à six reprises dans l'interminable col des Champs, sans parvenir à creuser l'écart. Merckx attaque dans le col d'Allos, qu' il franchit avec 1'15'' devant Thévenet, et plonge dans la descente à une allure vertigineuse. Grâce à l'aide efficace de Raymond Delisle, le Français remonte peu à peu sur le Belge. Puis, dans la montée chauffée à blanc de Pra-Loup, à quatre kilomètres du but, survient le drame pour Eddy Merckx. En l'espace d'un kilomètre, ses forces l'abandonnent, et, le souffle coupé, il n'avance plus. Il est d'abord rejoint par Gimondi, puis par Thévenet, qui réalise tout le profit qu'il peut tirer de la situation. Dans un sprint étourdissant, il dépasse son rival, puis se porte au niveau de Gimondi qui croyait déjà avoir course gagnée. Dans un ultime effort, Thévenet se projette sur la ligne d'arrivée. Il reprend ainsi 1'56'' à Merckx, qu'il devance désormais, à son tour, de 58 secondes.

À ce stade, Thévenet sait faire preuve de sang froid et démontre son aptitude à gérer les problèmes. Le lendemain, entre Barcelonnette et Serre-Chevalier, il se présente seul au sommet de l'Izoard, après avoir creusé l'écart sur Merckx dans la descente de Vars, et remporte à nouveau l'étape. À l'arrivée, Eddy MERCKX admet sportivement sa défaite en reconnaissant que, cette année, Thévenet est le plus fort.

Le jour suivant, au départ de Valloire, Merckx tombe lourdement et est contusionné à la pommette gauche, à la hanche et au genou. Craignant des séquelles respiratoires, son médecin lui conseille d'abandonner, mais le champion reprend le départ. L'étape est gagnée par Van Impe, ce qui ne change rien à l'ordre du classement général.

Bernard Thévenet remporte ainsi le Tour de France au terme de sa sixième participation. Il a l'honneur d'être sacré sur les Champs-Élysées où l'ultime étape se termine pour la première fois. Merckx termine à la seconde place, avec 2'47'' de retard. Van Impe, détenteur du maillot à pois, est troisième à 5'1''.
B. CHANAT (www.cliosoft.fr

L'étape NICE - PRA LOUP en images

En grande difficulté, Eddy MERCKX souffre dans la montée de PRA-LOUP.
Lachant VAN IMPE puis ZOETEMELK, Bernard THEVENET, déchaîné, a rejoint le champion belge, épuisé. Après s'être accordé un bref temps de repos, il lâchait Eddy MERCKX, impuissant.
Bernard THEVENET a déjà laissé sur place Eddy MERCKX. Il dépasse Félice GIMONDI à 1,5 Km de l'arrivée à PRA-LOUP.
Bernard THEVENET triomphant à l'arrivée à PRA-LOUP.
PARIS-MATCH du 26 juillet 1975.


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